Les câbles sous-marins, nouveaux enjeux de la souveraineté numérique

L’Europe tente de renforcer son autonomie via le cloud, les logiciels ou la régulation, mais le cœur du problème reste l’infrastructure. Tant que les principaux câbles internationaux sont contrôlés par des acteurs étrangers, la souveraineté numérique reste limitée. Le pouvoir réel est dans les “autoroutes” physiques de l’information, et aujourd’hui, elles sont majoritairement américaines.

Publié le 30 avril 2026

Internet est d'abord une infrastructure physique

Derrière l’idée du “cloud”, Internet repose presque entièrement sur des câbles sous-marins en fibre optique. Ils transportent 97 à 98 % du trafic mondial sur plus d’1,5 million de kilomètres. Les satellites restent marginaux. Ces câbles, fins mais extrêmement performants, permettent des échanges massifs de données à très haute vitesse, mais sont aussi fragiles et difficiles à réparer.

L'augmentation du contrôle des autoroute du net par les GAFAM

En une dizaine d’années, Google, Meta, Amazon et Microsoft sont devenus dominants. Ils représentent aujourd’hui environ 71 % de la bande passante mondiale, et plus de 90 % sur les liaisons transatlantiques. Contrairement aux anciens câbles financés collectivement, ils construisent désormais leurs propres réseaux privés, sans obligation d’ouverture aux autres acteurs. Cela leur donne un contrôle direct sur les flux de données internationaux.

Carte submarinecablemap.com sous licence CC BY-SA 4.0

Quand hébergement local ne signifie pas souveraineté totale

Même si des données sont stockées en France ou en Europe, elles transitent souvent par ces câbles internationaux contrôlés par des entreprises américaines. Autrement dit, la localisation des serveurs ne garantit pas un contrôle réel sur le transport des données. L’infrastructure physique échappe en grande partie aux États européens.

Des câbles physiquement vulnérables

Ces infrastructures sont aussi exposées à des coupures accidentelles ou à des actes de sabotage. Des incidents récents en mer Baltique, notamment celui impliquant l'Eagle S, un navire soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe et d'avoir sectionné une ligne électrique sous-marine reliant l'Estonie à la Finlande, ont montré qu’il est possible de perturber des communications internationales en endommageant quelques câbles. De plus, d es technologies émergent pour intervenir à grande profondeur, rendant ces attaques plus crédibles et plus difficiles à contrer.

L'Eagle S, immobilisé à Porvoo, le 31 décembre 2024. On remarque l'ancre absente. Photo CC BY-SA 4.0

Les risques de surveillance et d'interception

Les révélations de Edward Snowden ont montré que des agences comme la NSA pouvaient intercepter des flux directement sur les câbles, parfois sans que les propriétaires des câbles ne le sachent. Depuis, le chiffrement s’est généralisé, mais cela ne supprime pas totalement les risques liés au contrôle des infrastructures.

Une Europe qui prend enfin conscience de son retard stratégique et qui agit

L’Union européenne a donc commencé à traiter les câbles sous-marins comme des infrastructures critiques. Ils sont désormais intégrés dans des cadres réglementaires comme la directive NIS2, qui vise à renforcer la cybersécurité et la résilience des réseaux essentiels. L’idée est de mieux surveiller, protéger et coordonner les réponses en cas d’incident.

Le Plan de sécurité des câbles

En 2025, la Commission européenne a lancé un plan d’action de l’UE sur la sécurité des câbles. Il prévoit notamment :

  • une meilleure surveillance des infrastructures
  • une coordination entre États membres
  • des capacités de réaction plus rapides en cas de coupure ou de sabotage
  • Des hubs régionaux de surveillance doivent aussi être mis en place pour suivre l’état des câbles en temps réel.

Des investissements ciblés

L’UE a débloqué plusieurs centaines de millions d’euros (environ 347 millions récemment) pour financer :

  • des projets de nouveaux câbles en Europe
  • l’amélioration de la résilience (redondance, routes alternatives)
  • la protection des zones sensibles, notamment en mer Baltique

Cependant, ces investissements concernent surtout des liaisons intra-européennes, pas les grands axes transatlantiques.

Vers une meilleure connaissance du réseau

Un problème identifié est le manque de visibilité : l’Europe ne sait pas toujours précisément qui possède ou contrôle certains câbles. Des efforts sont en cours pour cartographier les infrastructures améliorer la transparence sur les financements et les flux.

Des capacités industrielles réelles

En cas de crise, l’UE peut s’appuyer aussi sur ses acteurs industriels comme Orange Marine ou Alcatel Submarine Networks pour poser et réparer les câbles et maintenir une autonomie technique.

Vous pouvez d'ailleurs suivre ici en temps réel sur Marinetraffic.com le navire câblier Nexans Skagerrak propriété de la multinationale française Nexans et battant pavillon norvégien!

C'est fun, mais cela ne règle pas la question de la propriété des grandes routes internationales.

Le câblier Nexans Skagerrak navigant dans le port de Charleston en août 2023 - Source : Adobe Stock

Les limites des mesures actuelles

Les actions européennes restent surtout défensives :

  • sécuriser
  • surveiller
  • réparer

L’Union européenne agit surtout pour protéger et renforcer l’existant, mais pas encore pour reprendre le contrôle des grandes infrastructures mondiales. Résultat : malgré ces efforts, la dépendance aux acteurs comme Google ou Meta reste forte.

Pour en savoir plus

Voir toutes les actualités
Politique de confidentialité - Mentions légales - Plan d'accès - Liens - Gérer les cookies - Création site Cyberiance