Désarmer le Hezbollah, vraiment ?

Israël et le Liban vont reprendre les négociations directes à Washington le 14 avril 2026, les premières depuis 1993 afin de rétablir une paix durable. Pas si simple !

Publié le 05 avril 2026

En effet, une paix durable impliquerait le retrait israélien du sud du Liban et donc le désarmement du Hezbollah. Voyons pourquoi :

Le Hezbollah : première force armée du Liban

D'après le site icibeyrouth.com, le Hezbollah c'est :

  • 40 000 à 50 000 combattants actifs
  • 30 000 réservistes
  • 25 000 roquettes et missiles
  • Des centaines de tunnels et de caches

Les hommes du Hezbollah ont une bonne connaissance du terrain, bénéficie encore l'appui d'une partie de la population et sont passés maîtres dans la dissimulation et les tactiques de guérilla.

Les chaînes de commandement et de logistique, très décentralisées, facilitent l'agilité et la prise d'initiative, ce qui permettrait de prévenir tout effondrement rapide en cas d'offensive majeure de l'armée libanaise.

Pour preuve, l'opération israélienne des bipeurs de septembre 2024. Cette opération restera dans les annales mondiale du renseignement comme l'exemple le plus spectaculaire de réussite d'une opération secrète, un cas d'école. Elle était sensée décapiter le Hezbollah. Or, cette immense victoire tactique, n'a pratiquement eu aucune conséquence stratégique, bien au contraire : les cadres âgés ont été remplacés par des hommes plus jeunes, plus dynamiques, plus violents et encore plus paranoïaques !

Une armée libanaise faible et dépendante

En face, l'armée libanaise peut compter sur 80 000 soldats. N'ayant pas besoin de se dissimuler, elle dispose donc d'un armement plus lourd mais très limité en nombre et vieillissant :

Le parc de chars est principalement composé de modèles anciens, comme les T-54/55 (vieillissants et non remplacés), ainsi que de quelques M48 et M60 modernisés livrés en petites quantités.

L’armée libanaise privilégie désormais la mobilité et l’appui-feu plutôt que les blindés lourds, jugés trop vulnérables dans les combats urbains ou en montagne. Ainsi, avec de témoigner de son soutien, la France a livré 39 véhicules de transport de troupes le 31 mars 2026 (source : le Parisien).

L’artillerie libanaise, quant à elle, repose surtout sur des canons américains M-198 de 155 mm. Une modernisation est en cours avec l’arrivée prochaine d’une trentaine de canons CAESAR (financés par l’Arabie saoudite), qui devraient renforcer significativement ses capacités d’appui feu (tout en étant d'une utilité quasiment nulle en combat urbain).

La force aérienne libanaise est très limitée. Elle dispose de trois Cessna AC-208B utilisés pour la reconnaissance, équipés de capteurs, et a notifié l’achat de six avions d’attaque léger américains A-29 Super Tucano (livraison en cours).

L’armée libanaise a reçu des tubes lance-missiles M220A2 TOW et des munitions associées (BGM-71E/H), dans le cadre d’un renforcement matériel soutenu par les États-Unis.

Elle dépend fortement de l’aide internationale (États-Unis, France, Arabie saoudite, Qatar) pour son équipement et sa formation, le gouvernement libanais n’ayant pas les moyens de financer seul une armée moderne.

Pour preuve de la faiblesse structurelle, l’armée libanaise a été contrainte de se retirer de certaines zones frontalières en raison de l’escalade israélienne.

En l'état actuel des choses, l'armée libanaise est donc, à la fois au niveau de son expérience limitée et de son matériel insuffisant et inadapté, incapable de désarmer le Hezbollah. Comment le pourrait-elle alors même qu'Israël n'y est pas parvenu en 20 ans d'affrontements réguliers.

Toute tentative de désarmement du Hezbollah par la force plongera donc le pays dans une guerre civile dont l'armée libanaise n'a aucune chance de sortir victorieuse.

Fumée s'élevant après une frappe aérienne israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, dans le cadre du conflit entre le Hezbollah et Israël en octobre 2024. Ali Chehade Farhat. Adobe Stock

Fumée s'élevant après une frappe aérienne israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, dans le cadre du conflit entre le Hezbollah et Israël en octobre 2024. Ali Chehade Farhat. Adobe Stock

La loyauté des troupes

En 2026, l’armée libanaise compte en son sein 30 à 35 % de chiites. Cette proportion reflète la composition multiconfessionnelle de l’institution, qui inclut aussi des chrétiens (environ 30 %) et des sunnites, ainsi que d’autres minorités.

Du fait même de sa composition, L’armée libanaise reste une institution respectée, mais sa cohésion est mise à l’épreuve par les clivages communautaires, notamment en raison des liens familiaux ou communautaires que certains soldats chiites peuvent entretenir avec le Hezbollah.

Toutefois, ce point est à relativiser. En effet, beaucoup intègrent par conviction une armée nationales ou une milice. Ils seront donc fidèles à celle-ci.

Ensuite, il y a ceux qui intègrent une organisation militaire uniquement, soit parce que c'est un travail comme un autre dans un pays en crise, soit par amitié, soit par atavisme familial. L'armée ou la milice constituent donc pour eux un débouché professionnel comme un autre qui n'implique pas nécessairement l'idée de sacrifice.

Sur ce plan, le Hezbollah est sans doute moins fonctionnarisé et plus idéologisé que l'armée libanaise. En cas d'affrontement armé, il fera face à moins de défections que cette dernière, sauf si le gouvernement libanais arrive enfin à donner du sens à son action en s'appuyant sur les pressions internationales et la lassitude de sa population envers les miliciens du Hezbollah.

La souveraineté d'un peuple et l'effet drapeau

Car la milice du Hezbollah est profondément enkystée dans la société libanaise. Quand Israël fait la guerre au Hezbollah, il fait malheureusement la guerre au Liban.

Toutefois, les guerres multiples dans lesquelles le Liban a été entrainé ont forgé une identité nationale construite sur la souffrance et les ruines. Le soutien inconditionnel du Hezbollah à l'Iran dans sa confrontation armée récente avec Israël exaspère une part croissante de libanais, y compris chiites. Pour preuve de ce désamour, au Sud-Liban, où le Hezbollah se comportait en seigneur et maître, des milices citoyennes se sont même constituées dans certains localités afin d'empêcher la réquisition illégale de certaines habitations et éviter ainsi d'en faire des cibles pour Tsahal.

Par ailleurs, la rancœur légitime du peuple libanais vis-à-vis de l'occupant israélien exclut tout scénario où le gouvernement libanais demanderait l'appui de Tsahal pour déloger le Hezbollah.

Le seul espoir de stabilisation ne peut donc être que politique. Il pourrait y avoir un bascule dans l'opinion publique qui pourrait conduire certains des dirigeants du Hezbollah les plus modérés - en reste-t-il encore ? - à accepter la désarmement. Mais cet espoir est bien faible, voire illusoire, la lutte armée étant la raison d'être, l'ADN même du Hezbollah, ADN qui a encore été concentré dans l'opération des bipeurs, formidable exemple de rétroaction négative.

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