San Francisco - Pacifica

Jour 1 : arrivée à l'aéroport de San Francisco et premier contact avec la Californie entre surfeurs millionnaires et lamas.

Publié le 15 avril 2026

Contrôle aux frontières : bienvenue en Amérique !

Après un vol sans histoire, nous atterrissons enfin à San Francisco. Novices des vols intercontinentaux, nous commettons deux erreurs fatales. La première : perdre un temps précieux à descendre de l’avion parce que notre cadette a égaré ses cartouches de console entre les sièges. La deuxième : en profiter pour faire un détour par les toilettes avant la douane. Pendant ce temps, un second vol long-courrier se pose. Résultat ? Nous voilà bons derniers d’une cohorte de 900 âmes jetlaguées, épuisées et au bord de la crise de nerfs.

Et comme si cela ne suffisait pas, nous choisissons la file qui n’avance pas. Deux longues heures plus tard, nous nous retrouvons enfin face à l’agent du Customs and Border Control. On aurait pu espérer un peu de pitié pour nos deux blondinettes aux grands yeux bleus fatigués, serrant désespérément leur doudou. Que nenni ! Nous avons droit au célèbre poker face des membres éminents de l’administration américaine, assorti de questions routinières posées d’une voix de robot. À côté, la voix vocodée de Maître Gims semble sortie d’un cours de l’Actor’s Studio.

Location de voiture : l’usine à gaz

Après avoir récupéré nos bagages, direction la location de voiture. Nouvelle file d’attente, et devinez quoi ? Nous sommes encore les derniers servis. Ici, c’est l’usine : les véhicules sont rangés par catégorie dans des allées bien ordonnées. Dans celle qu’on m’indique, il ne reste plus grand-chose. Je retourne à l’accueil pour protester car le gabarit du véhicule ne me semble pas correspondre avec ma réservation, et je ne suis visiblement pas le seul à avoir ce problème. Finalement, on me dirige vers une autre allée où trône un unique SUV coréen de sept places, sièges en cuir et coffre gigantesque. C’est OK, comme on dit ici.

Mais avant de sortir du parking, nouveau contretemps. Malgré mon anglais approximatif et l’accent à couper au couteau de la préposée latino (aussi aimable qu’une porte de prison), je comprends que ma réservation ne correspond pas au véhicule. Surclassé sans prévenir ? Je frémis déjà à l’idée de payer un supplément à la restitution. Elle prend tout de même l’empreinte de ma carte bancaire et nous libère.

Pedro Point, Pacifica : entre surf et lamas

Au volant du mastodonte de location je m’engage dans le trafic, direction Pacifica, où nous attend notre premier hébergement. J’ai choisi une location pour trois nuits à Pedro Point, un quartier de cette petite ville de 40 000 habitants, idéalement située San Francisco au nord, l’aéroport à l’est et l’océan à l’ouest.

C’est l’heure de sortie des bureaux. La circulation est dense et nerveuse sur la voie rapide sinueuse. Nous la quittons à l’approche de notre quartier. De grandes maisons en bois s’accrochent à une colline au versant abrupt donnant sur une belle place de sable blanc où les rouleaux du Pacifique se déchaînent. La première impression n’est pas des plus engageantes : les murs aveugles de la supérette du bas de la rue lui donnent un air lugubre. La route qui monte vers notre destination est défoncée, les racines des arbres ayant pris le dessus sur le macadam. Ici, les poteaux électriques et les arbres poussent de guingois, comme s’ils avaient bu un coup de trop.

Nous croisons un coupé sport luxueux qui avance sur la pointe des pneus afin d’éviter les nids-de-poule. Sur les balustrades des terrasses, les planches de surf bariolées contrastent avec les combinaisons sombres qui sèchent au soleil. Dans notre rue, une voiture rouillée se fait lentement engloutir par les herbes folles. Les maisons, serrées les unes contre les autres, ne le sont pas par manque de place, mais parce qu’elles sont tout simplement trop grandes : 200, 400, 600 m², presque toutes avec vue sur l’océan.

La rare parcelle en herbe est occupée par un lama hautain qui toise crânement les passants, entouré de sculptures éoliennes dignes d’un lointain disciple de Tinguely.

La créature laineuse a de quoi être fière : sur ce pré avec vue mer, on aurait pu construire deux maisons. Chacune vaudrait 2 millions de dollars, peut-être plus. Nous sommes à 35 minutes de la Silicon Valley, berceau de Google, Apple, Facebook, Tesla et autres géants de la tech. L’épicentre de la révolution numérique mondiale, où des ingénieurs payés 200 000 $ par an vivent parfois dans des remorques aménagées.

Le rêve américain de Ted

La maison que nous louons est l’une des plus modestes du quartier, comme nous l’avouera Ted, son propriétaire. Nous ne ferons sa connaissance que trois jours plus tard, quand il passera nous saluer avant notre départ pour Yosemite. Ted, ou plutôt Édouard, est Français et pilote-instructeur sur avion de tourisme. Il vit à fond son rêve américain en donnant des cours de pilotage et en effectuant des vols privés pour des clients fortunés. Ted ne croit pas une seconde à la victoire de Trump aux élections de novembre prochain. Selon lui, les Américains seront raisonnables.

Spam, spam, spam !

Nous faisons monter les filles dans leur chambre pour qu’elles se reposent avant le repas. Je pars chasser le dîner à la supérette du bas de la rue. Entre les rayons, je tombe sur un étalage entier de Spam, ce jambon en conserve épicé dont le nom a été immortalisé par les Monty Python et qui a donné son nom aux courriels indésirables. Il y a aussi un fresh corner, c’est-à-dire un stand de fruits et légumes frais. À mon retour, les filles se sont endormies sur leur lit, trop épuisées pour se glisser sous les draps.

Ma femme et moi dînons donc en tête-à-tête dans la cuisine, quand deux biches traversent tranquillement entre notre baie vitrée et le mur de la maison d’en face, sous nos yeux aussi fatigués qu’incrédules. Nous aurions presque pu les toucher. Derrière notre quartier, la colline qui se finit en falaise tombant dans l’océan est un espace naturel protégé, tout comme un périmètre au large qui permet de protéger les baleines observables depuis la corniche par beau temps. Ce premier contact magique avec la faune sauvage avant même de pénétrer dans les parcs nationaux est prometteur !

Nous rejoignons notre lit alors qu’il fait encore jour, sans même profiter du coucher de soleil. Le bruit des vagues et le souvenir des images surréalistes offertes par ce quartier BoBo, où des surfeurs millionnaires de la tech et des lamas disputent aux biches la vue sur les baleines, achèvent de nous bercer...

Notre première expérience californienne fut, disons-le, totale dès le premier jour.

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