
Le blocus Polonais de la Chine et la danse du ventre de Trump
(ce chapeau est formidable, ce serait presque du CNEWS dans le texte)
Depuis le 12 septembre dernier, la Pologne a fermé sa frontière avec la Biélorussie en réaction aux exercices militaires Zapad-2025 russes dans ce pays (on ne va parler de la participation de l’armée biélorusse – qui est une vaste blague - à ces exercices…)
L’édition 2021 de ces exercices tournants, qui se déroulent à l’ouest de la Russie tous les quatre ans, été le préambule à l’invasion de l’Ukraine de 2022. D’ailleurs le thème cette année est la prise du corridor de Suwalki, situé entre la Pologne et la Lituanie, afin de de dégager l’exclave russe de Kaliningrad. C'est festif.
La décision polonaise, prise avant l’attaque de drones russes sur son territoire, a été confortée par cette dernière, et pourrait donc se prolonger au-delà de la fin de Zapad-2025.
La Chine contrariée mais la Pologne tient bon
Or, la Chine est directement intervenue auprès du gouvernement Polonais afin que ce dernier revienne sur sa position. 3H d’âpres négociation et tout le poids de la deuxième économie mondiale, n’ont pas fait bouger d’un pouce la position polonaise.
Comme beaucoup, j’ai été plutôt surpris par la rapidité de la réaction chinoise. Je me suis dit d’abord que c’était un bon moyen pour le dictateur de Pékin de recycler ses négociateurs en charge du dossier américain, au chômage technique depuis l’arrivée de Trump au pouvoir. Plus sérieusement, j’avais interprété ce mouvement comme la preuve de la volonté de la Chine d’augmenter encore plus son influence en se positionnant comme nouveau régulateur des crises internationales, en lieu et place des États-Unis, Trump ayant créé un boulevard pour elle dans ce domaine.
Je n’avais pas vu l’éléphant dans la pièce. Et c’est une publication d'un de mes contacts sur Facebook qui m’a ouvert les yeux à ce sujet récemment : 250 km au sud du corridor de Suwalki, juste en face de la ville biélorusse de Brest, se trouve le village polonais de Małaszewicze. Cette bourgade frontalière est le point de passage de la plus longue ligne ferroviaire du monde - The China Europe Railway Express - qui relie les principales villes industrielles chinoises à l’Europe via la Russie.
Un point de passage stratégique
Les chiffres de Małaszewicze sont vertigineux :
• 90% du fret ferroviaires entre la Chine et l’Europe
• 11 000 convois par an
• 400 000 conteneurs par an
• 25 milliards d’euros en valeur
• Plus de 200 villes européennes desservies de Hambourg à Madrid, en passant par Valenton, en région parisienne.
Cette alternative à la voie maritime, quoiqu’un peu plus coûteuse, est jusqu’à deux fois plus rapide et beaucoup plus sûre. Avec les attaques des Houthis en Mer Rouge, le volume en transit a augmenté de 30% entre Janvier 2023 et Janvier 2024.
Une des nouvelles routes de la soie
En clair la Pologne vient de couper, sans doute momentanément mais rien n’est moins sûr, une des principales nouvelles routes de la soie si chères à Pékin !
On comprend mieux que l’évènement soit modérément apprécié par les Chinois.
Naturellement Varsovie marche sur des œufs avec la Chine et a bien raison :
https://www.sudouest.fr/international/chine/commerce-consultations-varsovie-pekin-apres-la-fermeture-de-la-frontiere-polono-bielorusse-25942310.php
Car si le transit ferroviaire ne représente qu’un peu plus de 3% du total des échanges entre Chine et Europe, il est en augmentation constante. En effet, le développement de ces nouvelles routes de la soie est un des moyens pour la Chine de contrecarrer un éventuel blocus maritime américain consécutif à une probable invasion de Taïwan (l'autre étant de construire tous les cinq ans l'équivalent en tonnage de notre Marine nationale, pourtant une des dix plus puissantes au monde).
Même le site officiel de la SNCF en parle (et oui, « c’est possible ») :
https://www.groupe-sncf.com/fr/groupe/portrait-entreprise/groupe-societes/rle/nouvelle-route-soie-ferroviaire
L'absence de réaction de Trump
Tout cela permet aussi de mieux comprendre le silence assourdissant de Trump au sujet de l’initiative polonaise, lui est qui tellement prompt à bavasser sur tout et rien et à prendre bien trop souvent la défense de son malheureux et incompris ami Poutine avec qui il a « une relation formidable ».
Car, tout ce qui peut indisposer la Chine fait gémir de plaisir l’agent orange. Cela donne aussi un autre éclairage à la danse du ventre de mauvais goût que Trump pratique envers le dictateur biélorusse Loukachenko.
