Mercosur : arrêtons les fantasmes !

Contrairement à une idée reçue, la France a obtenu de l’UE de nombreuses concessions malgré son opposition globale au texte. Le texte ayant été voté à une très large majorité qualifiée, la France aurait pu ne rien obtenir du tout du fait même de cette opposition.

Publié le 20 janvier 2026, modifié le 2026-04-16

De nombreux concessions obtenues par la France

Clause de sauvegarde spécifique

Un « frein d’urgence » a été négocié, permettant à un seul État membre ou à des représentants de filières de demander l’activation de mesures protectrices en cas de variation de seulement 5 % des prix ou des volumes des produits agricoles importés. Cette clause vise à protéger les marchés européens contre les déstabilisations causées par les importations en provenance du Mercosur.

Renforcement des contrôles sanitaires

La France a obtenu un durcissement des contrôles vétérinaires et phytosanitaires, ainsi que des audits renforcés dans les pays du Mercosur, afin de garantir le respect des normes européennes.

Mesures de réciprocité

La Commission européenne s’est engagée à exiger des conditions de production comparables pour les produits importés, notamment en matière d’environnement et de normes sociales.

Accès accéléré aux fonds de la PAC

La France a obtenu une accessibilité plus rapide aux fonds de la Politique agricole commune pour la période 2028-2034, ainsi que des engagements sur le montant du budget futur de la PAC.

Suppression des droits de douane sur les engrais

Cette mesure vise à réduire les coûts pour les agriculteurs européens.

Le psychodrame du CETA

Vous souvenez-vous du CETA en 2017, l’accord commercial entre l’UE et le Canada ? De nombreuses cassandres écologistes comme agricoles nous prédisaient une catastrophe de grande ampleur et qualifiaient de « cheval de Troie des États-Unis », qui permettrait selon eux aux multinationales américaines d’envahir le marché européen. (Source : l'Alsace du 02/15/2017)

Or, vous savez quoi ? Il n’en n’a rien été : « Si l’on resserre la focale sur la France, la balance globale avec le Canada est excédentaire, y compris sur les produits agricoles, où s’étaient pourtant concentrées les levées de boucliers : l’excédent agroalimentaire a triplé, passant de 200 millions d’euros à 600 millions d’euros, en profitant particulièrement aux vins et spiritueux (+ 27 %) et aux produits laitiers (+ 71 %) ; quant à la viande bovine et porcine, on n’a pas observé la bérézina annoncée, les importations canadiennes étant quasi inexistantes. » (Source : Public Senat)

Le changement fait toujours peur, particulièrement dans notre pays de névrosés, pourtant s’ouvrir à de nouveaux marchés permet également d’y accéder plus facilement.

Une crise conjoncturelle

Jean-Christophe Bureau, professeur d'économie à AgroParisTech, invité de France Culture le 26 septembre dernier, rappelle que les marchés agricoles sont, par nature, volatils.

« Parmi les causes transversales, il y a effectivement la situation du commerce international, avec de fortes tensions en ce moment, donc on peut parler des droits de douane imposés par Trump. Il y a évidemment l’accord Mercosur ou encore la tension avec la Chine en ce moment ; là, c’est plutôt particulier au porc. La Chine accuse l'Union européenne de dumping sur le porc et a, à titre provisoire, mis des droits de douane importants. Il y a aussi évidemment le bouleversement climatique. On va de plus en plus avoir des fluctuations sur les rendements agricoles puisqu’on a des événements climatiques qui deviennent plus extrêmes. » [Source : TRT Français]

Une crise structurelle : l’exception de la filière comté

Le milieu agricole français, gangrené par les archaïsmes, le corporatisme et la récupération politique, a beaucoup de mal à se restructurer depuis le grand bond productiviste des Trente Glorieuses, grand bond qui m’a été raconté un jour par le cousin de ma grand-mère, celui-ci étant passé en 40 ans du cheval tirant la charrue au conseil d’administration de la plus grande coopérative laitière d’Alsace. [Le Monde - 06/01/1981]

Dans la morosité agricole française actuelle, une filière sort son épingle du jeu, celle de l’AOP Comté où les éleveurs ont pris leur destin en main en se regroupant dans le cadre de coopératives agricoles – les fruitières – permettant de mieux maîtriser la chaîne de valeur.

Récemment, on m’a expliqué que la filière avait même mis en place un fonds de réserve permettant de racheter un affineur en cas de menace d’acquisition par une multinationale de l’agroalimentaire !

Or, justement, l’accord UE-Mercosur permettra de protéger les AOP européennes sur ces nouveaux marchés.

Et les Sud-Américains, qu’en pensent-ils ?

J’étais, comme beaucoup, plutôt sceptique quant à l’intérêt de cet accord jusqu’au visionnage sur Arte d’un long reportage à ce sujet. Les agriculteurs sud-américains partageaient leur inquiétude quant à l’arrivée des produits européens (sans brûler des pneus ou déposer du fumier devant les Préfectures !), mais considéraient comme une opportunité pour eux d’augmenter la qualité afin de satisfaire aux exigences du marché européen.

Quant aux responsables politiques sud-américains, ils étaient très clairs : pour eux, c’est la seule alternative viable à leur vassalisation annoncée par la Chine ou les États-Unis. Les derniers événements au Venezuela semblent leur donner raison…

La nécessité de nouer des partenariats stratégiques

Avec des États-Unis qui caracolent en tête du classement du PIB mondial et qui nous deviennent franchement hostiles, une Chine qui semble connaître un fort ralentissement de son économie et est tentée par le protectionnisme, il est évident que nous devons nouer des partenariats solides avec des démocraties, et pas seulement sur le plan économique.

Or, même si l’on sait que la démocratie en Amérique du Sud n’est pas un long fleuve tranquille, le Mercosur impose comme condition d’adhésion et de maintien en son sein d’avoir un gouvernement démocratique. Tout pays ne respectant pas cette règle peut être suspendu, comme ce fut le cas pour le Paraguay en 2012 et le Venezuela en 2017.

Par ailleurs, outre les débouchés pour nos agriculteurs et notre industrie, il est important pour l’Europe de diversifier son approvisionnement en ressources minérales.

Cela ne doit pas se faire, bien évidemment, au détriment de l’agriculture française, et cela ne sera pas le cas selon moi du fait des nombreux garde-fous et contreparties exposés plus haut.

Donc arrêtons de geindre et de gémir, redressons un peu la tête et soyons confiants en nos atouts afin de saisir ces nouvelles opportunités qui s’offrent à nous ! 

La photo : rencontre entre Ursula von der Leyen, présidente de la commission européenne et les chefs d'états du Mercosur, Javier Milei, Luis Lacalle Pou, Luiz Inácio Lula da Silva et Santiago Peña à Montevideo en .
© European Union, 2026, sous licence CC BY 4.0

Voir toutes les actualités
Politique de confidentialité - Mentions légales - Plan d'accès - Liens - Gérer les cookies - Création site Cyberiance